Les syndicats ont encore leur utilité.

Copié d’un commentaire Facebook affiché dans le compte de l’AFPC – écrit par Troy Bridgeman – un écrivain et journaliste de Guelph (Ontario).

Lorsque j’étais encore un agent syndical de la Section locale 541 des TCA et que je représentais les travailleurs et travailleuses de l’usine ABB de Guelph, j’ai eu l’occasion d’entendre à peu près tous les arguments possibles et imaginables contre les syndicats. D’ailleurs, je n’aimais pas la culture de confrontation inutile et contre-productive que pratiquait la direction syndicale et qui était dévastatrice pour notre image auprès du public J’étais également préoccupé par le mécontentement croissant des travailleurs qui reprochaient aux cadres syndicaux d’adopter un style de vie semblable à celui des dirigeants d’entreprises avec qui ils étaient censés de s’asseoir autour de la table de négociations.

Peu importe, j’ai quand même rempli pris mon rôle d’agent syndical au sérieux et j’ai fait mon possible pour protéger les droits des travailleurs et travailleuses.

Aujourd’hui, je ne suis plus syndiqué. À ma connaissance, il n’y a aucune fraternité internationale pour les journalistes pigistes, mais je soutiens toujours le mouvement syndical et je reconnais le droit et, dans de nombreux cas, la nécessité pour les travailleurs et travailleuses de pouvoir se regrouper. Avant d’examiner la pertinence des syndicats d’aujourd’hui, j’aimerais vous rappeler leurs réalisations marquantes et les avantages dont ils sont à l’origine et dont nous jouissons aujourd’hui.

Des heures de travail garanties et un salaire garanti, le salaire minimal, l’équité salariale, les congés payés, l’assurance-chômage [NDT : l’assurance-emploi, aujourd’hui], la législation en matière de santé et de sécurité en milieu de travail, l’assurance médicale universelle, ainsi que de nombreux autres avantages que nous tenons aujourd’hui pour acquis, on été gagnés de haute lutte par des travailleurs et travailleuses ordinaires qui se sont organisés pour améliorer les conditions de travail.

D’aucuns prétendent que ces avantages et protections syndicales ne sont plus leur raison d’être. Ce que je constate m’indique tout le contraire.

Bien sûr, il y a des employeurs qui ont une éthique, qui respectent leur personnel et qui lui versent un salaire équitable. D’ailleurs, ces employeurs vivent généralement dans la même communauté que les membres de leur personnel. Ils fréquentent les mêmes magasins, leurs enfants vont à la même école et ils jouent dans les mêmes associations sportives. Dans le cas de mon ancien employeur, ABB, la compagnie n’avait tissé aucun lien avec la communauté. Les membres de la direction générale vivaient en Suède ou en Suisse et n’avaient que peu d’attaches avec la communauté où leur usine était implantée.

Bien ou mauvais, c’est la nature même d’une économie globalisée qui est entraînée par les principes de base, et où tout ce qui pourrait constituer un obstacle à la réalisation de cet étroit but doit être supprimé.

Le plus gros obstacle pour ABB était le syndicat, comme c’est d’ailleurs souvent le cas pour les multinationales qui sont installées en Amérique du Nord. Si vous pouvez réduire les salaires et les avantages, vous pourrez alors aussi augmenter les profits de la compagnie et des actionnaires.

Je suppose que nous devrions nous demander ce qu’est le but d’un système économique. Est-il de créer de la richesse pour quelques-uns, ou pour la majorité des gens et de la société dans son ensemble?

L’écart entre les riches et les pauvres croît et la classe moyenne est en voie de disparition. Au cours des quatre dernières décennies, les salaires des travailleurs nord-américains ont stagné et dans certains cas ils ont même régressé par rapport au coût de la vie. Au cours de la même période, les salaires des dirigeants d’entreprise ont triplé, quadruplé et, dans certains cas, ont augmenté de 1 000 %.

De nombreux économistes établissent un lien inversement proportionnel avec le nombre des effectifs syndicaux au cours de la même période. D’aucuns prétendent que c’est une explication simpliste à un problème complexe, mais je trouve que cette explication est fondée.

Plus les salaires des travailleurs décroissent, plus ces derniers peinent à se procurer des biens produits localement, forçant ainsi les fabricants qui ne peuvent délocaliser leur entreprise vers un pays à bas salaires, d’imposer des réductions de salaire et de supprimer des avantages, ou encore de fermer leur entreprise. C’est ainsi que s’emballe la spirale de l’inéluctable déclin économique.

Pourquoi donc est-ce que les multinationales déménagent leurs activités en Chine et dans d’autres pays en voie de développement? Ce n’est sûrement pas pour augmenter le niveau de vie des gens de ces pays. Non, c’est plutôt pour exploiter une main-d’oeuvre à bas salaire et pour profiter des avantages qu’offrent des lois inefficaces sur l’emploi et sur l’environnement.

On nous a dit que, si nous voulions rester compétitifs, nous allions devoir renoncer aux nombreux avantages et protections pour lesques nous nous sommes tant battus. Alors, vous pensez encore pouvoir me dire que n’avons plus besoin des syndicats?

Troy Bridgeman est un écrivain et journaliste de Guelph (Ontario).

 

 

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